Origine des ceintures en Judo

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Leurs intérêts pédagogique

Le souci des premiers judokas fut de trouver un moyen de maintenir le vêtement d’une façon convenable et sans danger pour lui-même et le partenaire. Ainsi, tout boutonnage ou bouclage était interdit, le principe de la ceinture fut adopté.

  On allait, cependant, très vite donner une signification à cette ceinture ; elle servirait de signe distinctif. Dans la progression du judoka.

Au Japon, deux grades précèdent celui d’expert alors qu’en France, comme nous le verrons plus loin, six couleurs différentes sanctionnent les progrès des pratiquants avant l’acquisition de la ceinture noire.

Nécessité Pratique et technique :

Vestimentaire

Outre la nécessité de maintenir le kimono sans danger, il apparaît que la ceinture doit être suffisamment robuste pour résister aux prises de mains et divers tractions qui lui sont imprimées et suffisamment large et épaisse pour ne pas blesser le porteur. Elle est donc constituée par plusieurs épaisseurs de toile piquée dans le sens de la longueur.

Sa largeur est de 4 cm. Et sa longueur fonction du tour de taille de celui qui la porte. Le règlement international d’arbitrage dit ‘’ La ceinture devra être assez longue pour faire deux tours autour du corps et dépasser d’environ 16 cm. De chaque côté du nœud qui la fixe’’.

un jeu d'enfant !
Noeud de ceinture

Comment mettre la ceinture ?

Il faut la prendre par son milieu avec la main droite, placer celle-ci devant l’abdomen, faire deux tours en partant de l’avant vers l’arrière, le pan qui revient de la gauche venant croiser par-dessus celui qui vient de la droite. Maintenir le tout avec la main gauche pendant que la main droite qui agit de bas en haut et par l’intérieur passe le pan venu de la gauche entre les deux épaisseurs de la ceinture et le judogi ; le premier nœud ainsi réalisé, tirer sur les deux extrémités de la ceinture pour serrer d’une façon convenable.

 

De la main gauche, présenter le pan gauche et passer le droit par-dessus pour faire un nœud plat. Ainsi, la ceinture ne peut ni se serrer, ni se desserrer puisque les deux tours sont devenus solidaires, enserrés par le même nœud :

Technique

La ceinture ainsi conçue permet de réaliser certaines techniques debout telles que TSURI GOSHI. Bien que le règlement interdise la prise permanent à la ceinture, il n’en est pas moins vrai qu’elle peut-être utilisée dans une intention offensive ; mais c’est dans le travail au sol que son rôle technique devient très important :

  • Amenées au sol
  • Entrées et contrôle du buste
  • Immobilisations et dégagements
  • Dégagements de jambes.

Indicateur de grade

Si les deux premiers rôles de la ceinture ne sont pas négligeables, il est certain que sa signification en est l’aspect le plus important ; le Judo lui doit en grande partie son succès qu’il a obtenu dans le monde.

La nature de l’homme veut que lorsqu’il fait des progrès en quelque domaine que ce soit, un grade, un échelon ou une distinction vienne récompenser les efforts accomplis de façon qu’il puisse se situer par rapport à lui-même d’abord mais aussi par rapport à autrui. En Judo, c’est un sérieux encouragement au milieu des difficultés de tous ordres qui surgissent à tous les stades d’une discipline longue à assimiler.

Nous, Judokas, avons cette chance que la ceinture, accessoire vestimentaire visible, puisse, grâce à la diversification des couleurs, devenir aussi la marque extérieure d’une valeur donnée.

Bien des disciplines sportives ont adopté le principe de la gradation : le Ski, avec ses étoiles et chamois, le Patinage, l’Escrime, l’Athlétisme. Dans le livre ‘’Athlétisme’’, Robert Bobin présente un tableau de classement très intéressant où sont attribués des insignes de couleurs différentes pour les minimes, cadets et juniors, et qui correspondent à un certain nombre de performances.

 On peut distinguer :

  1. Les ceintures traditionnelles au Japon
  2. Les ceintures de type occidental : dont l’instauration fut une remarquable idée de Mikinosuke KAWAISHI. Il eut, très vite, l’intuition que l’esprit occidental, avide de rapides résultats tangibles, s’accommoderait mal du système japonais où l’on garde la ceinture blanche puis marron, pendant des années.
  3. Les grades particuliers pour les enfants : La notion de mérite et de récompense est encore plus vive chez l’enfant.  Chez les très jeunes, les six grades intermédiaires ne sauraient donner une impression suffisante de progrès car il se passe de très longues années entre leur début et la ceinture noire.

L’idée devait donc tout naturellement venir aux éducateurs de créer des échelons intermédiaires sous forme de barrettes ainsi qu’une ceinture supplémentaire (violette) située entre la bleue et la marron.

 

Intérêt pédagogique

Une notion de progrès à marquer

L’étude du Judo est une entreprise de longue haleine au cours de laquelle tout pratiquant connaît des moments exaltants mais aussi des périodes difficiles. Ces fluctuations dans le rendement en même temps que dans le psychisme de l’élève s’espaceront avec les années de pratique pour laisser place, peu à peu, à plus d’assurance et de régularité ; mais les débuts resteront toujours, pour la grande majorité, un cap plein d’embuches et d’exigences.

Depuis l’école, l’enfant a pris l’habitude du classement et des récompenses ; il est donc tout à fait normal que les divers grades Judo qui lui seront décernés tout au long de la période d’initiation soient, pour lui, un grand encouragement, indépendamment de l’évolution technique qu’ils représentent. N’en est-il pas de même des adultes d’ailleurs ?

Des individus 

Outre cette notion pédagogique fondamentale qu’est l’encouragement, il ne faut pas mésestimer la notion d’intérêt. Comme nous le verrons plus loin ; chaque grade prend, dans notre conscience, une signification particulière plus ou moins précise, mais qui nous sert à nous fixer d’abord de limites, ensuite des étapes.

Pour beaucoup de débutant, la Ceinture Noire est un mythe et l’on prête à celui ou celle qui la porte des qualités exceptionnelles. Elle est entourée d’un prestige, d’une supériorité tels qu’elle semble participer d’un ensemble de ‘’secrets’’ que l’on ne pourra jamais percer. C’est l’époque même du doute de l’incertitude, de la gaucherie, de toutes les craintes.

 Cependant, au fur et à mesure qu’il ‘’elle’’ progresse, le ‘’la ‘’ judoka assimile les ‘’secrets’’ qui ne sont, en réalité, qu’un long travail et une amélioration technique constante.

La Ceinture Noire n’est plus alors le rêve irréalisable du début mais le but que l’on se propose d’atteindre sérieusement. D’une utopie, elle est devenue une réalité car une progression logique dans l’enseignement et dans la sanction ont laissé entrevoir au pratiquant que les paliers successifs, matérialisés par les différentes couleurs de ceinture, lui apportaient des éléments nouveaux qui ont influencé et son raisonnement et son comportement.

Enfin, la grade technique présente encore un avantage pour chaque judoka en ce sens qu’il situe le partenaire dans une hiérarchie, Instinctivement, les débutants, du moins pendant les premiers temps, n’aimeront travailler qu’entre eux ; ils sont novices et appréhendent de se mêler aux initiés.

À l’inverse, les pratiquants plus avertis fuient généralement ceux qui ne sauraient leur donner une réplique intéressante. Ce n’est qu’au bout de quelques mois que se produiront les premières interférences : avec un certain acquis technique, on hésitera moins à inviter un ‘’ainé’’ en sachant tout le bénéfice que l’on peut tirer d’une telle confrontation, de même que celui-ci ira vers un partenaire moins gradé pour mettre au point ou tester une nouvelle technique.

L'utilisation par le professeur 

Appréhension, mutisme, gêne, d’une part ; assurance, calme, prestige d’autre part, sont des évidences extrêmes que tout Professeur connait et dont il doit tenir compte, tant dans son abord de l’élève que dans sa façon d’enseigner. Les différents grades qui séparent la Ceinture Blanche de la Ceinture Noire, lui seront une aide précieuse et il saura s’en servir soit pour récompenser, soit pour encourager.

Pour tout  et ‘’toute’’ judoka, nous l’avons dit, un grade prend une signification symbolique plus ou moins profonde que nous allons essayer de cerner en quelques lignes

Significations...

 

La Ceinture Blanche  : Représente les premiers pas dans le judo. Le Professeur s’adresse, momentanément, à une masse informe, anonyme, d’individus aux réactions diverses, aux motivations, secrètes, qui viennent s’initier à une discipline dont ils ne savent que peu de choses. Il faut apprendre à chuter, éliminer les réflexes contraires, coordonner, les gestes, découvrir les formes de corps fondamentales ; c’est ce qu’on pourrait appeler la ‘’ première enfance ‘ du Judo.

La Ceinture Jaune : Sanctionne les premières acquisitions techniques. La notion d’intérêt intervient. L’élève commence à sortir de sa crainte mais il ne s’individualise pas.

 

La Ceinture Orange : Marque une entrée dans le vif du sujet ; avec les premiers gestes coordonnés, l’élève fait des découvertes qui lui semblent lumineuses et, bien sûr, définitives ; mais cela ne dure pas et fait souvent place au découragement. Cette progression cyclique est le virage dangereux de la vie d’un ‘’une’’ judoka ; c’est un peu l’équivalent de ‘’l’âge ingrat’’.

La Ceinture Verte : Est le symbole du premier obstacle sérieux que l’on a su vaincre. Elle sanctionne une certaine force de caractère, une volonté d’aller au-delà, elle est une prise de conscience. Après la période d’hésitation, on se rend à l’évidence que ce que l’on croyait bien savoir est à réapprendre. L’élève cherche, pose des questions, s’ouvre à la disponibilité ; le style se dessine.

La ceinture Bleue : Marque le début d’une certaine maîtrise. Le style s’affirme avec la curiosité technique et un travail sérieux. L’élève vit plus intensément son activité ; il ‘’ elle’’ est amené (e) à la penser, à l’analyser ; il ‘’elle’’ est également plus altruiste et fait volontiers profiter les autres de son expérience. C’est le ‘’ grand frère ou la grande sœur’’ à qui l’on s’adresse avec confiance.

La ceinture Marron : Sanctionne l’efficacité. Elle est le fruit, non seulement d’une technique affinée, mais aussi d’une bonne préparation physique et d’une force morale qui donne à son détenteur ou détentrice un certain rayonnement. Il ‘’elle’’ est l’élément actif et stable de la vie du club.

La Ceinture Noire : C’est la récompense de longues années d’efforts et de recherche. C’est souvent aussi, une brutale et favorable mutation dans la vie de l’individu car elle est un symbole qui a une signification quasi universelle et qui permet une nette affirmation de la personnalité. Elle permet surtout, d’ouvrir les yeux sur le Judo, de le reconsidérer lucidement, de se fixer de nouvelles étapes et de pratiquer avec plus de sérénité. La C.N. a dépassé le tâtonnement, elle progresse sur un plan plus élevé et son Judo y gagne en qualité.

  De cette hiérarchie aux multiples symboles que nous n’avons fait qu’effleurer (chacun peut y apporter sa propre expérience) le (la)  Professeur (e) pourra tirer des éléments porteurs originaux et puissant pour diversifier son enseignement. Il a dans les mains, un instrument d’une grande richesse qu’il n’aura qu’à adapter à l’âge, au sexe, au tempérament de ceux qui s’adressent à lui ou à (elle).

Il est évident que l’attribution d’un grade ne repose sur aucun critère très précis et c’est mieux ainsi.  Si la signification peut être différente d’un (une) élève à l’autre ou d’un club à l’autre, ceci n’a que peu d’importance en regard de toutes les autres raisons qui justifient l’attribution de ce grade à un individu donné. Au contraire, c’est cette latitude et souplesse d’utilisation qui permettront au Professeur d’en user avec discernement et d’appliquer la récompense ou l’encouragement à chaque cas particulier.