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Karine Blanchet

Karine Blanchet: se faire un prénom
JEAN-FRANÇOIS TARDIF
Le Soleil

«Elle avait un nom, elle s’est fait un prénom.» Ces quelques mots de présentation de Karine Blanchet sur le site Web du club de judo de la Vieille Capitale résument bien la carrière de la Québécoise. Car si, à ses débuts, elle était «la fille à Gérard», elle est aujourd’hui connue en tant que Karine Blanchet, la judoka ayant fait sa marque sur les scènes nationale et internationale.
«Quand je retourne en compétition en tant qu’entraîneure, je rencontre plein de gens, des compétiteurs de mon époque mais aussi des arbitres et des bénévoles, qui se souviennent de moi et qui viennent me parler», explique l’athlète dont le père, Gérard Blanchet, une figure connue et respectée dans le monde du judo, a fondé le Club de la Vieille Capitale en 1970.
«C’est toujours le fun de revoir ces personnes avec qui on a passé beaucoup de temps ensemble. Mais c’est également plaisant de réaliser que je ne suis pas juste “la fille à Gérard” même si, encore aujourd’hui, c’est la manière qu’utilisent certaines personnes pour me présenter. C’est correct, je suis habituée.»
Si, pour plusieurs, le fait de se retrouver dans l’ombre de son paternel aurait pu constituer un handicap, Karine n’y a vu que des avantages. N’aimant pas être sur la sellette, le fait que l’attention soit portée sur son père lui permettait de passer incognito. Et jamais elle n’a ressenti une pression supplémentaire de performer. Comme le judo met en scène deux adversaires qui se mesurent, ses résultats étaient le résultat de ce qui s’était passé sur le tatami.
«Je n’ai jamais eu de cadeau des arbitres. Si j’avais à perdre, je perdais. Si j’avais à gagner, je gagnais. Et je n’aurais pas voulu qu’il en soit autrement. Je ne pense pas que je me serais rendue aussi loin si j’avais eu des cadeaux des officiels. Et si j’avais su que l’on me donnait des chances, je n’aurais pas continué à compétitionner.»
Au mauvais moment
Ayant connu ses premiers succès au milieu des années 80, Karine a fait de la compétition de haut niveau pendant une douzaine d’années. Championne canadienne à plusieurs reprises, elle a pris part aux tournois les plus prestigieux en plus de participer aux Championnats du monde, aux Jeux panaméricains, aux Jeux de la Francophonie et aux Universiades. Elle est aussi venue à une victoire de se qualifier pour les Jeux olympiques de Barcelone et d’Atlanta. «Pour aller aux Jeux, il fallait être championne canadienne et j’ai perdu en finale ces années-là. Je me suis retrouvée substitut sur l’équipe canadienne.
«C’est sûr que j’aurais aimé aller aux JO. Tout de suite après la finale, j’étais déçue. Mais rapidement, j’avalais ma pilule et je passais à autre chose. Je n’ai pas réalisé mon rêve, mais ce n’est pas quelque chose qui jette de l’ombre sur ma carrière. Je me dis que si je n’ai pas fait les Jeux, c’est parce que je n’avais pas à les faire. Il me reste plein de beaux souvenirs de ma carrière comme les voyages, la gang, etc. Ce fut une belle période de ma vie. J’en retire beaucoup de bonheur et de fierté.»
Karine a tourné la page sur sa carrière en 1997. Victime de blessures à répétition nécessitant des opérations, elle a décidé d’écouter son corps au terme d’une réflexion d’une année. «Une décision réfléchie. Quand j’ai pris ma retraite, j’étais prête. Je sentais qu’il était temps de passer à autre chose. Comme j’avais obtenu mon diplôme universitaire en administration, j’ai commencé à travailler peu de temps après. J’ai aussi continué à m’entraîner au club, mais juste pour le plaisir, et j’ai donné des cours. Après avoir eu mes enfants, je suis revenue au coaching et là, je m’occupe des jeunes et des seniors. Je les accompagne en compétition. Je peux leur faire profiter de mon expérience.»
Toujours aussi passionnée de judo, la Québécoise a transmis son amour de son sport à ses trois enfants. Actuellement, deux fréquentent le Club de la Vieille Capitale assidûment. Le plus jeune vient de passer sa ceinture marron et prochainement, sa fille tentera de mériter sa ceinture noire. Et elle a demandé à sa mère d’être sa partenaire. Une grande fierté pour Karine.
«Le judo, c’est le choix de mes enfants. Ils n’étaient pas obligés d’en faire. Mais se retrouver au club avec mon père et mes enfants, c’est vraiment le fun. J’ai vécu une belle dynamique dans le temps avec mon père et c’est plaisant que mes enfants puissent vivre la même chose.»
Le Club de la Vieille Capitale aura bientôt 50 ans. Et si Gérard Blanchet se tournait vers sa fille pour assurer sa relève, accepterait-elle de le faire?
«C’est sûr que quand mes enfants auront vieilli, j’aimerais avoir les rennes du club ou les partager avec mon père. Je caresse le rêve d’assurer sa succession depuis que je suis jeune. Mais j’espère qu’il ne se tournera pas juste vers moi. J’aimerais que l’on puisse être une équipe et que l’on travaille ensemble. Mais en même temps, ça me fait bizarre de penser que le club formé par mon père et avec sa personnalité pourrait changer. Car si le club est ce qu’il est, c’est grâce à lui.»
QUESTIONS/RÉPONSES
Q Fait marquant
R Les Jeux du Québec de Dolbeau-Mistassini (1985). Avant l’âge de 12 ans, je n’avais jamais rien gagné. Andrée Barrette et Daniel Hardy, deux anciens champions canadiens de mon club, m’avaient encouragée à prendre part aux finales régionales afin de me classer pour les Jeux du Québec. J’y suis allée et les choses ont débloqué. J’ai fini deuxième aux Jeux du Québec, j’ai fait les Jeux du Canada et le reste s’est enchaîné.
Q Performance marquante
R Les championnats panaméricains senior à Hamilton (1992). Les pays avaient tous envoyé des athlètes qualifiées pour les Jeux olympiques à l’exception du Canada. J’ai terminé deuxième après avoir perdu par yuko contre la Cubaine. C’est là que je me suis dit que j’avais ma place parmi les meilleures.
Q Ce qui te manque le plus
R Le moment du combat et l’adrénaline qui vient avec. Quand on est sur le tapis, que l’arbitre dit : «hajime», qu’on avance pour aller chercher son adversaire et qu’on se bat.
Q Ce qui te manque le moins
R Monter sur la balance. Je ne monte plus sur la balance depuis plusieurs années. Quand j’étais chez les – 66 kg, c’était très difficile pour moi de faire le poids malgré un régime sévère et l’entraînement. C’était presque une phobie. Je montais plusieurs fois par jour sur la balance pour vérifier mon poids.